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Historique du CeCaB

Fort de ses 120 membres, le Centre d'étude des châteaux de Bourgogne, créé en 1994, prouve qu'il est possible de réunir au sein d'une structure associative vivante et dynamique "simples amateurs" et universitaires faisant fi des cloisonnements imposés en particulier en archéologie… montrant qu'en matière patrimoniale comme ailleurs l'union fait la force…

Il faut en préambule souligner que les membres motivés du CeCaB n'abordaient pas une terra incognita… En effet, dès le XIXe siècle, des érudits locaux se sont penchés sur l'habitat médiéval fortifié du département de Saône-et-Loire, que ce soit dans le cadre de la réalisation d'inventaires ou d'études monographiques de sites remarquables à l'instar du château de Brancion. En Châlonnais, il faut citer en particulier Marcel Canat de Chizy qui inventoria, il est vrai laconiquement, les mottes féodales de l'ancien bailliage de Chalon-sur-Saône. Néanmoins, il s'agit pour l'époque, d'un labeur précurseur très précieux, base solide à d'autres investigations.

C'est ainsi que Gilles Auloy a repris le flambeau dans le cadre d'un mémoire pour l'obtention du diplôme de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales de Lyon. C'était en 1991, et par l'intermédiaire de Henri Gaillard de Semainville, son professeur d'histoire géographie lorsque il était lycéen, et depuis, promu directeur des antiquités historiques au service régional de l'archéologie de Bourgogne, il a fait la connaissance de Michel Maerten. Féru d'archéologie médiévale, passionné de castellologie, cet enseignant avait déjà recensé de nombreuses mottes castrales et autres fortifications dans l'actuel arrondissement de Charolles. Très vite, les deux hommes se sont liés d'amitié, nourrissant l'ambition d'élargir ces études à l'échelle du département de Saône-et-Loire. Ainsi, en mai 1994, l'association pour la recherche sur l'habitat médiéval fortifié (A.R.H.M. FORT) voyait le jour. Une vingtaine de membres adhéraient aussitôt au projet. Objectif : inventorier l'intégralité de l'habitat médiéval fortifié de Bourgogne du Sud.

Coordonné par Michel Maerten et subventionné par le Service Régional de l'Archéologie, ce recensement s'est mué rapidement en Projet Collectif de Recherches (P.C.R.). En l'espace d'une décennie, de 1994 à 2004, ont ainsi été inventoriés plus de 1000 sites, châteaux, maisons fortes, mottes castrales, maisons seigneuriales ou toute autre fortification, aujourd'hui encore conservés, totalement ou partiellement, voire disparus et dont la date d'édification s'inscrit du Xe au XVIe siècle. Ces données représentent actuellement plus de 20 volumes papier de 200 à 300 pages chacun… Ils ont été distribués aux adhérents ayant participé à cette tâche, et remis au Service Régional de l'Archéologie, ainsi qu'aux Archives Départementales de Saône-et-Loire. En 2004, le PCR n'a pu être reconduit, malgré l'inachèvement de l'inventaire. Aussi, Hervé Mouillebouche, Maître de Conférences en histoire médiévale à l'Université de Bourgogne a décidé de poursuivre ce travail qui devrait dans quelques années déboucher sur l'édition d'un CD-ROM véritable catalogue représentatif de cet habitat médiéval fortifié de Bourgogne du Sud. En parallèle, ce programme de recherches a suscité la réalisation de deux mémoires universitaires, celui de Nathanaël Nimmegeers sur L'habitat fortifié en Mâconnais du Xe au XVe siècle, travail de maîtrise soutenu à l'Université de Bourgogne sous la direction d'Alain SAINT DENIS, et celui de Gilles AULOY consacré à L'habitat médiéval fortifié en Châlonnais mémoire pour l'obtention du diplôme de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales de Lyon sous la direction de Jean-Marie PESEZ. De surcroît, l'un des adhérents de la première heure, par ailleurs Président du Groupe d'études historiques du Verdunois, Jean-Paul DICONNE, en partenariat avec Gilles AULOY, a publié un ouvrage intitulé Habitat médiéval fortifié en Verdunois dans lequel l'auteur a reproduit l'ensemble des fiches établies lors de l'inventaire de ce canton. Voilà la preuve enthousiasmante que les projets de recherche appellent les projets et que l'animation et l'investigation durable d'un territoire déclenche et entretient les initiatives !

Dès 1999, sous l'impulsion de Patrice BECK, Maître de Conférences en histoire médiévale à Paris-Sorbonne, le CeCaB a développé le champ de ses investigations vers l'étude monographique de châteaux optant d'abord pour l'édifice le plus emblématique, mais aussi le plus fascinant et le plus passionnant de la Bourgogne du Sud, car ayant appartenu aux très célèbres ducs Valois de Bourgogne : le château de Germolles (ci-dessus), et ce, grâce à l'obligeance de ses actuels propriétaires, la famille PINETTE. Ce travail, pluridisciplinaire, regroupant des chercheurs aux horizons variés, (dendrochronologues, spécialiste en peintures murales, architecte du patrimoine, historiens, archéologues,...) a permis la réalisation d'un ouvrage publié aux éditions Sutton en 2002 Vie de cour en Bourgogne à la fin du Moyen Age et dont le tirage (1250 exemplaires) s'est rapidement révélé insuffisant. Aussi, 600 autres exemplaires ont à nouveau été édités. Devant le succès incontestable de cette formule, d'autres travaux monographiques allaient suivre.

Après Germolles, c'est au tour du château du Gros-Chigy (photo du haut) sur la commune de Saint-André-Le-Désert, et ce, sous la houlette de Charles-Laurent SALCH, Directeur du Centre d'Archéologie Médiévale de Strasbourg de livrer ses secrets à travers la publication en 2005 de l'ouvrage intitulé Le Gros Chigy en pays de Cluny édité par Castrum Europe à Strasbourg. Nouveau succès avec, chiffre pouvant paraître réduit, mais d'un niveau plus qu'honorable pour des travaux de ce type, 800 exemplaires rapidement écoulés. La méthode étant rodée, c'est au tour du château de Marigny en 2007 de connaître la satisfaction d'une publication en 700 exemplaires par Castrum Europe, Le château de Marigny en Châlonnais coordonné par Charles-Laurent SALCH et Gilles AULOY. Prouvant au passage qu'il y a une place pour des publications pointues en castellologie médiévale, le CeCaB ne relâche pas l'effort… Deux châteaux sont actuellement en cours d'étude : Le château de Rully près de Chalon-sur-Saône et le château de Montperroux sur la commune de Grury, les propriétaires de ces demeures historiques étant largement associés aux travaux.

Le Centre de Castellologie de Bourgogne a également effectué des fouilles archéologiques lorsque cette discipline n'était pas encore réservée aux seuls professionnels. En 1994, 1995, 1996, sous la direction de Michel Maerten, aujourd'hui docteur en archéologie médiévale, des fouilles ont été pratiquées au château d'Artus (commune de Beaubery), chef-lieu d'une châtellenie ducale. Les fruits de ces recherches ont été publiés dans la revue de La Physiophile, société savante de Montceaux-les-Mines. D'autres sites castraux ont fait l'objet de fouilles archéologiques. Nous mentionnerons, en 1995, la motte du Cormatin à la Charmée, par Gilles Auloy, mais encore la maison seigneuriale de Cersot par Michel Maerten, en 1994, puis la motte castrale du Bordiau à Montret, en 1997, par Claudine Paczynski et Gilles Auloy, et dont les conclusions ont été publiées dans la revue de la Société des amis des arts de Louhans, et, enfin , la maison forte de Marrey par Monsieur Jacques Parain aujourd'hui décédé.

Le Centre de Castellologie de Bourgogne c'est aussi : des relevés au château de Sigy-Le-Châtel pour une future publication ; des relevés topographiques, en 2002, sur la motte castrale d'Argilly en Côte-d'Or, sous la houlette de Patrice BECK, et une participation efficiente aux activités d'autres associations œuvrant pour la conservation du patrimoine castral. Nous signalerons les études réalisées au château de Bissy-Sur-Fley en collaboration avec l'association La renaissance du château de Pontus de Tyard, les relevés exécutés à la tour de la Motte Loisy à Saint-Berain-sous-Sanvignes, et ceux pratiqués au château de Semur-en-Brionnais en partenariat avec le Centre d'Étude des patrimoines du Charollais-Brionnais.

L'inventaire portant sur l'habitat médiéval fortifié a ouvert de nombreuses pistes de recherches, avec, notamment, un nouvel éclairage sur des fortifications qui sombraient inéluctablement dans l'oubli, et dont les vestiges se dégradaient lamentablement. Battre la campagne, faire œuvre de pédagogie permet de sensibiliser public et collectivités à la fragilité d'éléments architecturaux discrets et désœuvrés, de souligner l'intérêt de leur préservation… Bien que la vocation première du Centre de Castellologie de Bourgogne ne soit pas tournée vers la restauration et la conservation des vestiges médiévaux, il n'en demeure pas moins que devant certains sites particulièrement délabrés, il a été jugé opportun de consolider ce qui pouvait encore l'être. En témoigne les interventions sur la tour de Bellefond (commune de Saint-Martin-en-Bresse) durant 3 ans, de 2001 à 2003. Cette tour a été arrachée à son carcan de lierre qui l'emprisonnait, une toiture posée à son sommet la protégeant désormais des intempéries. Évidemment, cette restauration a été accompagnée de recherches archivistiques, de relevés in situ, de plans, de coupes, d'étude architecturale le tout consigné dans la livraison de la Physiophile de janvier 2005.

Enfin, cet historique du CeCaB ne serait pas exhaustif sans évoquer les journées de castellologie organisées depuis bientôt 15 ans. Originellement, cette manifestation se déroulait sur une seule journée, le matin étant consacré aux communications portant sur des études de châteaux bourguignons, voire de fortifications des régions voisines, et l'après-midi aux visites de quelques édifices castraux, en particulier celui dont les propriétaires avaient la gentillesse de recevoir les participants (Germolles, Le Gros Chigy, Bissy-sur-Fley, Marigny, Rully, Cypierre...). Récemment, devant l'ampleur prise par cette manifestation attirant chaque année de plus en plus de chercheurs et de passionnés de castellologie, il a été décidé de l'étendre au samedi après-midi réunissant les visites de sites, la journée du dimanche étant réservée aux communications. En 2008, ce sera au tour du château de Germolles, où de nouvelles fouilles archéologiques ont levé le voile sur certaines incertitudes, d'accueillir cette manifestation. Surtout, on sait que la recherche ne sert que si elle est rendue accessible… Les travaux de ces journées ont été publiés une première fois en 2001 sous la forme d'un volume Chastels et maisons fortes en Bourgogne du Sud, actes des journées de castellologie de 1994 à 1999, le numéro 2, devrait sortir cette année, pour les communications enregistrées entre 2000 et 2007… A l'heure de la crise des vocations dont souffre le milieu associatif, dans un contexte morose pour le patrimoine bâti, le CeCaB démontre qu'il n'y a pas de fatalité. Plus que jamais, enthousiasme et passion partagée, complémentarité des savoirs et des compétences constituent l'énergie renouvelable indispensable à la valorisation du patrimoine architectural…